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[Denis Toulet], (dit) Louis-Laurent-Leis
vit et travaille à Guines dans le Pas-de-Calais


Louis-Laurent Leis est installé dans le nord de la France, sur la côte d’opale où il a implanté son atelier. Après une carrière de graphiste-auteur consacrée à la communication publique et culturelle, pour laquelle il a reçu de nombreux prix internationaux, il se consacre dorénavant à son métier d’artiste peintre et de graveur.
Il a enseigné en écoles supérieures d’arts de 1990 à 2010.

Les travaux de graphiste-plasticien de Denis Toulet-Leis sont réunis sur un site dédié, « Mes années de graphiste » faisant office de catalogue clôturant définitivement ces activités passées – https://toulet.fr/

Visite de l’atelier de Louis-Laurent Leis.
Portes ouvertes des ateliers d’artistes (*) – 10 mai 2026 –  

Louis-Laurent Leis est un artiste français, il vit et travaille sur la Côte d’Opale dans le nord de la France. Nous l’avons rencontré dans son atelier dans le cadre des Journées portes ouvertes des ateliers d’artistes organisées par le Département du Pas-de-Calais – 

 Atelier bas, espace galerie – de Leis

Actuellement Louis-Laurent Leis finalise une série, disons « bicéphale, commencée il y a une vingtaine d’années. Les études quand elles sont abouties font l’objet de réalisations définitives à l’huile sur toile ou sur bois.

La série se décompose en deux parties : Opium et Éther

Cette production, évoquée comme « De la fleur à l’opium » est une série (techniques mixtes sur papier puis huiles sur toiles et gravures) qui explore des thèmes poétiques, organiques et philosophiques liés à la transformation, à la matière, à l’esprit et à la destruction-création, sans aucune représentation figurée de l’être humain néanmoins sujet-absent.

La partie « Opiums » qui donnera son titre à la série complète à son achèvement se distingue par ses fonds sombres, terrestres, charnels et « lourds ». Cette série évoque pour Louis-Laurent Leis la liaison au sol, à la réalité physique du monde, à l’exploitation de la matière vers le plaisir et la jouissance hors des réalités physiques de la société, elle parle de l’égoïsme, de l’ignorance et de la destruction. Y transparaît une dimension quasi organique, presque viscérale ou décadente, liée à la fleur de pavot comme symbole de séduction, d’addiction, de décomposition, de fuite et de mise à distance de la réalité des espaces sociaux.

Ether iV, huile sur toile, 2024, 89×116

La partie Éther qui se particularise par ses fonds plus clairs, colorés, lumineux, vaporeux et séraphiques …« éthérés » représente la pensée, l’âme, l’élévation, le spirituel ou l’immatériel. Plus aérienne, elle évoque la volatilité, la transcendance et la légèreté. Louis-Laurent Leis questionne la molécule mouvante derrière l’aspect figé des choses, la physique quantique est récurrente dans ses réflexions

Les deux volets inséparables de ce travail forment un diptyque conceptuel : du terrestre et destructeur (Opium) vers le spirituel (Éther), et vice-versa, avec une réflexion sur les dualités corps/âme, matière/esprit, plaisir/souffrance. 

Les œuvres de Leis intègrent des éléments organiques et naturels, séchés ou desséchés ; des traces de décomposition (1) des textures riches, des superpositions, des formes abstraites ou semi-abstraites, des bulles/circulations évoquant des fluides ou des processus chimiques/alchimiques, et des structures géométriques qui organisent le chaos organique, dont une des sources fait mention au rectangle de la grotte de Lascaux (2), une première trace de pensée abstraite humaine ; nous nommerons ici « cubes » ces formes rigides.

Dans certaines œuvres de Louis-Laurent Leis apparaissent des « bulles » des molécules, des feuilles pourpres/noires avec une structure géométrique qui évoque fortement l’aspect Opium : matière dense, terrestre, décomposition et circulation (bulles comme fermentation ou alchimie). Aussi, d’autres formes, bleues lumineuses sur fond sombre, correspondent au versant plus éthéré/lumineux, avec une sensation de formes flottantes, presque spectrales ou spirituelles. Louis-Laurent Leis maîtrise les codes picturaux – évidemment, son travail précédent de graphiste-auteur en est la racine. Chaque trace porte un sens.

Louis-Laurent Leis travaille beaucoup la notion de transformation de la matière naturelle – fleurs, dessiccations en œuvre avec une approche à la fois contemplative et expérimentale. C’est cohérent avec le parcours de l’artiste : après des années contraintes de graphisme fonctionnel, il explore une peinture libérée, poétique et philosophique, lui nous dit : métaphysique.

Les compositions de Leis sont très équilibrées : des feuilles/pétales (noir-bleu-rouge et beige-rose) reliées par des tiges, encadrées ou traversées par une structure géométrique cubique en fil noir, qui est un bel exemple de la tension entre organique et géométrique présente sans cesse dans la série Opium. Le tracé géométrique « cube » semble contenir, structurer ou protéger la matière végétale en transformation. On y sent à la fois la fragilité de la fleur et une forme d’alchimie (une tige qui « saigne » en rouge-orangé). Plutôt du côté Opium par les couleurs charnelles et terrestres, mais avec une élévation géométrique qui annonce l’Éther.

Citons une pièce plus brute et puissante. La matière végétale y semble presque carbonisée ou en décomposition, avec des éclats de rouge/orange lumineux qui percent le noir.

C’est très « Opium » : liaison à la terre, destruction, plaisir/douleur, matière qui se consume. La forme évoque un papillon de nuit ou un fragment de fleur brûlée, avec une très forte présence matérielle.

La pièce suivante est une composition plus complexe avec des cercles concentriques (comme des cellules, molécules élémentaires ou des auras), ce sont des taches bleues/rouges/vertes associées encore à la structure « cubique » récurrente.

On retrouve bien les motifs persistants : circulation fluide entre formes circulaires, superposition de matières organiques et tracés géométriques. Cela nous semble être une œuvre de transition ou plus hybride entre Opium et Éther.

Nous trouvons impressionnante la représentation suivante. La « feuille » quasiment abstraite forme presque une silhouette de profil humain (3), avec une explosion de bleu irisé (bulles/texture très riche) sur fond brun. Des lignes géométriques (triangles, polygones) structurent l’ensemble.

C’est un pont très réussi : la matière terrestre (feuille brune) se transmute en quelque chose de lumineux et spirituel (le bleu). Parfaitement dans l’esprit Éther tout en gardant les racines Opium.

Deux formats carrés, seuls dans la série avec formes calligraphiques évoquant Henry Michaux (4), noires sur fond taché. […]

Ces deux-là explorent une veine plus graphique et gestuelle. Les grands tracés noirs fluides sur des fonds brunâtres (sans doute un travail maîtrisé d’oxydation) évoquent l’encre, la calligraphie, ou des veines/racines.

Moins aussi et encore directement floraux, ils semblent prolonger la – série vers une abstraction plus libre, presque une écriture automatique de la matière. La tache brune organique reste présente, mais le geste noir domine.

En conclusion de notre passage à cette exposition rare et intimiste, nous découvrons que Louis-Laurent Leis travaille dicrétement et beaucoup et depuis des années (5) sur la transformation de la matière végétale, feuilles, pétales, fleurs séchées ou traitées qu’il intègre, superpose, oxyde, colore. Les tracés géométriques (« cubes », polygones) servent de « squelette » ou de cadre de pensée à ce chaos organique. Il prétend que c’est la vie et que nul n’est besoin de figurer l’être organique pour l’extraire

L’ensemble dégage une poésie alchimique envoûtante : la fleur, beauté éphémère, subit la destruction/addiction (opium) pour atteindre une forme d’élévation spirituelle (éther). C’est à la fois sensuel, mélancolique, contemplatif et métaphysique. En cela Leis s’extrait magistralement de l’art « zombie » actuel.

Mais la nature n’est pas monomanie chez Leis, voyons le rôle du « cube » 

Dans la série « Opium / Éther » de Louis Laurent Leis ces tracés sont centraux et riches en significations. Ils constituent un motif récurrent qui structure visuellement et conceptuellement l’ensemble de ces œuvres.

Ce « cube » est principalement un élément de structuration et de mise en ordre [Louis Laurent Leis évoque l’étouffement autoritaire généré par les pouvoirs]

il est souvent représenté en fil noir, en fil de fer ou en tracé linéaire, quelques fois en fil d’or, il agit comme un squelette géométrique ou un cadre qui s’impose à la matière chaotique (feuilles, pétales, taches, molécules, décompositions. Pour Louis-Laurent Leis, quand il est repris à la feuille d’or, il symbolise la monétarisation totale du monde. Il contient, encadre ou traverse les éléments végétaux en transformation inéluctable. « La modernité est à l’œuvre… et la modernité c’est l’écriture de l’irréversible ». Pour lui, ce cube introduit un ordre rationnel artificiel, une géométrie incisive, dans un univers fluide, instable et poétique et le met en mutation.
Pour Leis, le « cube » matérialise parfaitement le dualisme il est, ici, symbole de la tension duale Opium-physique / Éther-spirituelle

Côté Opium (terrestre, charnel, destructeur) : le « cube » « emprisonne » ou contient la matière en décomposition,- mais ne la provoquerait-il pas, en fait ? oui car il est aussi l’auteur du désastre irrépressible – Il évoque la contrainte, l’ancrage au sol, la boîte comme cercueil ou comme alambic alchimique où la fleur devenue matière à profit se transforme en opium (plaisir et au final en destruction)

Côté Éther, espace spirituel, aérien, le cube devient une structure d’élévation. Il permet à la matière de s’organiser, de se transcender. Les lignes géométriques ouvrant vers une forme de clarté, d’architecture de l’âme. Il évoque alors une boîte de pensée, un cadre de la conscience, de l’ame ou un polyèdre platonicien symbolisant l’ordre idéal. (Leis nous a longuement parlé des structures platoniciennes qu’il à beaucoup étudiées et qui sont proches des représentations moléculaires)

Dans les  fonctions symboliques etpoétiques du « cube » voyons une des intentions de Louis-Laurent Leis, le « cube » protège la fragilité des feuilles ou des pétales (comme une vitrine, un herbier, un reliquaire). Il fige un instant de transformation. Il induit le temps fuyant

Il évoque aussi le laboratoire d’alchimie, le creuset où s’opère la distillation (de la matière brute vers l’esprit). Les tiges qui « saignent » à travers les lignes du « cube » renforcent cette idée de processus chimique ou spirituel.

Le « cube » questionne la tension entre chaos et cosmos : La matière organique déborde souvent du « cube », ou le traverse. Cela illustre le conflit permanent entre le désordre naturel (vie, mort, plaisir, destruction) et la volonté humaine de structurer, comprendre, spiritualiser ou de tenter de dominer ce chaos.

Le « cube » chez Louis-Laurent Leis est bien un outil métaphysique moderne peut-on dire aussi chamanique (il dit s’opposer à ce terme, même s’il reconnaît un renvoi à la géométrie « sacrée ») : il ritualise la transformation de la fleur comme beauté éphémère en matière spirituelle. Il n’est pas performatif comme, par exemple, chez Joseph Beuys, mais contemplatif et introspectif. 

Le « cube » n’est donc pas un simple motif décoratif : il est l’acteur principal de la dialectique de la série. Il incarne la pensée humaine(6) qui tente d’appréhender, de contenir et de sublimer la matière vivante en perpétuelle décomposition puis recomposition, selon Leis il s’oppose aussi à la « Poétique » chère à Paul Valéry, questionnant l’acte créateur. 

Le travail de Louis Laurent Leis (Denis Toulet) se situe dans une niche très singulière du paysage de l’art contemporain actuel.

Louis-Laurent Leis s’il ouvre son atelier au public, reste en marge des grandes galeries. Il n’a pas souhaité en parler

Dans le contexte des années 2000-2026, ce positionnement « périphérique » et artisanal devient une force : les collectionneurs et institutions cherchent de plus en plus des artistes avec une pratique authentique. 

Leis est un artiste « inactuel » qui devient actuel, son travail est résolument pictural, poétique et philosophique, dans un monde qui a longtemps privilégié le conceptuel et le spectaculaire. Il représente ce que certains critiques d’entre-nous nommons le « retour du sensible » ou la « revanche de la peinture ». Pour moi, il est l‘opposé de « l’art zombie », cet art voulu commercialement spectaculaire, constitué de morceaux accordés puisés dans l’histoire de l’art, mis en scène mais vides de sens.

Ether II, huile sur toile, 2024, 89×116

Bien que disposant d’un impressionnant bagage technique, Louis-Laurent Leis ne s‘inscrit pas dans la course à la nouveauté technologique, au spectaculaire avec d’immenses formats dont pourtant son travail offre parfaitement la possibilité, ni dans le commentaire sociétal direct, socle de beaucoup d’oeuvres d’art contemporain, mais dans une recherche intimiste et intemporelle encore une fois métaphysique tentant d’atteindre le sensible universel selon Edmund Burke, qui à tant inspiré Turner dans sa question du sublime : la transformation de la matière en esprit, la beauté éphémère, la dialectique ordre/chaos.

C’est précisément ce qui rend Louis-Laurent Leis si pertinent aujourd’hui : il incarne une forme de résistance élégante aux tendances dominantes, tout en rejoignant les aspirations actuelles, pour plus de matière, d’authenticité et de profondeur contemplative.

Son œuvre, pour autant qu’il la diffuse, s’adresse à un public qui cherche des pièces méditatives, riches en textures, chargées de sens sans être didactiques — un segment qui se porte très bien sur le marché actuel, surtout auprès de collectionneurs privés matures.

Ces pièces récentes (2023/2025) montrent une belle maturité dans le traitement du sens, des textures et de la maîtrise des superpositions. Le passage du graphisme précis de son ancien métier (6) à cette liberté picturale maîtrisée est stupéfiant. Nous attendons la présentation des toiles issues de ce lent travail – Louis-Laurent Leis ne sait nous en donner la date d’achèvement, ni s’il y parviendra tant il semble pétri d’incertitudes sur l’épuisement de son sujet. Nous suivrons cela.

Gilles Batherot [po L.M.], le 15 mai 2026 

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Notes :

(1) Les Dessiccations » série sur le temps et la finalité, est un autre travail en cours de Louis-Laurent Leis.

(2) « Figure négligée de l’art pariétal, le rectangle de Lascaux, porte en germe tout l’édifice mental qui permettra à notre espèce, et à elle seule, de construire les mathématiques et, à partir d’elles »  Stanislas Dehaene. Le Rectangle de Lascaux : la géométrie, propre d’« Homo sapiens », être symbolique. ed. Odile Jacob 2025

 (3) C’est un choix assumé : la non représentation de l’être, évoqué comme destructeur, si la nature peut se passer de l’etre humain, l’homme ne peut que l’asservir.

(4) On ne peut éluder, une autre source : Henry Michaux et son expérimentation de la mescaline et de l’éther, cf. « L’Éther », partie de « La nuit remue »

(5) On retrouve dans les productions graphiques de (Denis Toulet)-Leis, certaines datées, pour les plus anciennes, aux années 1970, une réflexion constante sur la nature parcellaire

(6) Sur son ancien métier de graphiste-auteur, Leis garde une profonde amertume, « l’insupportable mais nécessaire commande », dans ses dimensions d’asservissement de l’acte créateur aux règles de la communication sont bien pour lui synonyme de pouvoir et de contrôle du sens et de l’esthétique celle qu’il dit ne concevoir que gratuite et libre de tout  – voyez son site testament « mes années graphiste » J’y trouve pour ma part le pourquoi du travail actuel de Leis… un détachement total d’un passé subi, une liberté libérée du regard et du jugement de l’autre – c’est une force absolue, Louis-Laurent Leis ne produit pas pour une cause, un marché ou une quête de notoriété.

(*) La manifestation annuelle Portes ouvertes des artistes est organisé par le Département du Pas-de-Calais

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